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Projet EURASEMPLOI : Croissance et formes d'emploi : une comparaison euro asiatique de l'incertitude au travail co-géré par Marie-Emmanuelle Chessel (octobre 2016 – septembre 2020)

PROJETS DE RECHERCHE / RESEARCH PROJECTS
Édité le 20 Décembre 2016


Ce projet, financé pendant 4 ans par l’Agence Nationale de la Recherche, est mené par l’Inalco, l’Université Paris Diderot, l’EHESS et Sciences Po, associant des historiens et des sociologues, chercheurs confirmés ou doctorants, spécialistes de plusieurs aires culturelles. Il fait l’objet d’une approche comparative à la fois dans l’espace et dans le temps et il analyse la relation entre la haute croissance économique, les mutations de l’emploi et les formes d’incertitude au travail que ces mutations engendrent.

Résumé :

Ce projet confronte les configurations nationales chinoise, japonaise, française et un certain nombre de pays du Comecon. Le choix de ces terrains entraîne une comparaison inter-temporelle, entre la période de croissance des années 1950 à 1970 pour la France, le Japon et les pays du Comecon et l’ère qui s’est ouverte depuis les années 1980 pour la Chine. Les quatre situations socio-historiques confrontées partagent un point commun, celui de bâtir un modèle productiviste laissant à l’État une place essentielle dans une régulation qui se veut simultanément économique et sociale. Cependant, pour comprendre les formes nationales de « précarité » en situation de croissance, puis les comparer, cette recherche souhaite apporter une vision plus complexe, plus « située » de la fragmentation et des hiérarchies du marché du travail, et des incertitudes qui en découlent pour les catégories de travailleurs concernés. C’est pourquoi elle retracera la diversité des situations selon les industries et les formes d’emploi, en choisissant des secteurs qui, du point de vue de la problématique adoptée, sont situés en position paradoxale : les services à la personne profondément remaniés au XXe siècle sous l’effet des mutations du travail, de la démographie et des structures de famille, l’énergie avec les mines, symboles même de la dialectique entre risques intenses encourus par les salariés et régulation quasi-militaire de la main d'œuvre et la production textile, doyenne des secteurs industriels, mais aussi la première à avoir eu à affronter la compétition mondialisée. Dans chacun de ces secteurs seront effectués des suivis de trajectoires de vie au travail, à finalité d’exploitation à la fois quantitative et qualitative. De plus, dans chaque pays considéré, nous analyserons les catégories statistiques et d’économie politique utilisées par les acteurs et observateurs des relations du travail – syndicats et employeurs mais aussi experts, concepteurs d’enquêtes ou d’indicateurs sociaux – pour caractériser les formes d’incertitude sur le marché du travail.
Nous tenterons néanmoins de montrer que l’hétérogénéité n’implique nullement l’impossibilité de dégager des régularités quant aux mécanismes construisant cette « précarité », et quant à ses cibles préférentielles. Le degré d’insécurité varie énormément selon les types d’emploi ou de contrat de travail, le genre, le degré d’exposition à des risques (maladie, licenciement, accidents du travail), l’accès aux prestations sociales, le degré de régulation étatique (des professions ou des industries). Sur chacun des terrains nationaux étudiés, il s’agira ainsi de faire apparaître, plus encore que dans la littérature existante, à quel point la population salariée est plurielle à secteur d’activité, âge, genre et qualification donnés : les processus de standardisation des formes d’emploi durant la phase de haute croissance n’ont pas produit une homogénéisation aussi avancée que celle que présuppose, pour la période suivante, la thèse de la « dé-standardisation du travail ».





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Marie-Emmanuelle CHESSEL