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Journées d'étude / Workshops
DomesticitéS dans l’espace et dans le temps » - séance 6 - Les hommes dans les domesticités
11 Mars 2019

La prochaine séance du séminaire « DomesticitéS dans l’espace et dans le temps » aura lieu lundi 11 mars de 10h à 13h au Centre de Sociologie des Organisations (19 rue Amélie, 75007 Paris).

Cette séance sera consacrée aux hommes dans les domesticités. Nous aurons le plaisir de recevoir Christine Deslaurier (IRD) qui nous parlera de ses recherches sur la domesticité masculine au Burundi. Vous trouverez ci-dessous une présentation de son intervention.


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Christine Deslaurier : Les hommes dans les domesticités


La figure du « boy » (umuboyi) est omniprésente au Burundi depuis son développement colonial au début du 20e siècle. Elle est aujourd’hui familière à tous les habitants du monde urbain, depuis les petites villes jusqu’à la capitale, et pas seulement dans les ménages les plus aisés. Néanmoins, peu de recherches abordent l’histoire ou la sociologie de ces individus, nombreux et hétérogènes, qui travaillent au sein de foyers qui ne sont pas les leurs. A partir de sources archivistiques, de textes historiographiques et de témoignages collectés auprès de travailleurs de maison âgés à Bujumbura et de plus jeunes recrues dans d’autres villes du pays, cette communication a pour objectif de réinscrire dans le temps et l’action politique ces hommes qui, depuis plus d’un siècle, sont impliqués dans de multiples dispositifs économiques, relations interpersonnelles et engagements collectifs. Il s’agit d’aller au-delà de l’image couramment répandue à leur sujet – mais partiellement valide – de subordonnés précaires et dominés, pour montrer qu’ils étaient il y a un demi-siècle considérés comme des « évolués » dans la société burundaise, et qu’ils sont aujourd’hui encore des intermédiaires incontournables de la sociabilité urbaine au Burundi.



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Cet atelier de recherche propose d’interroger les domesticités contemporaines – définies en tant qu’activités qui consistent à être rémunéré en faisant des tâches domestiques pour des ménages autres que le sien – en portant l’attention sur les formes qu’elle prend dans différents espaces nationaux (l’Argentine, la Jordanie, l’Égypte, la France, les États-Unis, le Japon…) et en situant ces variations nationales dans l’histoire de chacun des pays concernés. En fonction des aires géographiques, les domestiques sont salarié.e.s ou non ; ils/elles vivent ou non chez leurs employeurs/ses ; certain.e.s ont un.e seul.e employeur/se, d’autres plusieurs ; ils/elles ont des profils sociaux variés ; certain.e.s sont migrant.e.s, d’autres quittent des zones rurales pour travailler dans les grandes métropoles de leur pays....

La condition domestique peut être institutionnalisée, via des agences, ou fruit de réseaux informels d’emplois et de clientèles. Partout, la condition domestique a pour caractéristique d’être très féminisée et de se développer à l’intersection de rapports sociaux et spatiaux de genre, de classe et de "race". Ces rapports sociaux (co)produisent des hiérarchies de pouvoir et de domination mais aussi de nouvelles formes de résistances et d’appropriations. Comment analyser les différents parcours des employé.e.s domestiques et saisir les différentes dynamiques de pouvoirs et de rapports sociaux et spatiaux qui y sont associés ? Cet atelier de recherche fait le pari que la comparaison dans l’espace et dans le temps permet de saisir les traits communs sans pour autant ignorer la pluralité de cette condition inscrite dans différentes histoires nationales. Il est en outre l’occasion de mener une réflexion plus large sur la place des domesticités dans les mondes du travail contemporain, par la comparaison à d’autres univers professionnels, et de dialoguer avec les questionnements actuels qui traversent les sciences sociales sur le travail et ses évolutions.

Co-animé par deux doctorantes, Ranime Asheltawy (IRISSO) et Alizée Delpierre (CSO), respectivement politiste et sociologue, cet atelier, reconduit pour la seconde année, se veut un espace d’échange et de partage, ouvert à tout.e.s, pluridisplinaire et inter-laboratoires, sur les domesticités contemporaines. Il sera l’occasion de confronter des présentations d’études empiriques sur les domestiques dans différents pays, de construire des cheminements théoriques à partir du partage de lectures et de bibliographies, et de structurer un réseau international de recherche sur cet objet.