Sciences Po CSO/CNRS CNRS

Risques

Les dernières décennies ont été marquées par la multiplication de conflits politiques autour de menaces sanitaires ou environnementales. Les grandes crises de sécurité sanitaire qui se sont multipliées depuis les années 1990 (sang contaminé, vache folle, amiante,..) ont fait de ces questions des enjeux particulièrement saillants dans l’espace public. Elles ont entraîné des reconfigurations politiques importantes, tant du point de vue de l’action publique que de celui des mobilisations.

Le CSO a ainsi acquis une expertise sur des risques aussi divers que les risques alimentaires, les expositions aux pesticides, les nanotechnologies et les ondes électromagnétiques. Cette expertise se mesure tant par les publications académiques, que par les participations à des groupes d’experts constitués autour de ces thèmes. Les chercheurs du CSO ont accumulé un ensemble de travaux qui constituent un programme de recherche unique par la quantité de connaissances empiriques amassées sur différents risques et par les contributions scientifiques importantes dont sont porteuses les thèses achevées ou en cours de réalisation.

Aujourd’hui, le programme Risques poursuit ses recherches autour des controverses liées aux enjeux de santé environnementale autour de la production de savoirs et de connaissance ou d’ignorance.
Le programme trouve, en outre, son prolongement dans une réflexion de nature plus théorique. Réflexion qui porte sur le rôle et la place de l’État dans la prise en charge des risques, sur les mobilisations qui contribuent à faire émerger de "nouveaux" risques, sur les processus d’expertise, et sur les différents dispositifs conçus pour gérer et prévenir les risques.

Les chercheurs rassemblés autour de cette thématique travaillent en liens étroits avec le programme "Santé" du CSO, dans la mesure où les risques couverts sont pour l’essentiel sanitaires.

Le programme Risques a identifié quatre pôles de développement :

Science et gouvernement

La question des risques permet d’articuler trois dimensions qui sont habituellement distinguées dans la littérature : le gouvernement de la science ; le gouvernement par la science ; les sciences de gouvernement. Les travaux menés entendent fournir autant d’illustrations de la nécessité d’opérer cette articulation. Il s’agit ici d’observer les processus de construction en cours, ce qui permet de déceler les différentes théories et formes de savoirs qui nourrissent ces processus et s’institutionnalisent progressivement dans des dispositifs. Cela permet d’analyser la (re)définition des frontières entre science et politique.

La production de connaissances vs. ignorance

L’étude des objets à risque permet de s’intéresser aux modalités de production de connaissances dans des champs controversés. Elle permet aussi, a contrario, d’analyser les conditions de production de l’ignorance ou de l’invisibilité. Cette question à double face renvoie au programme de la nouvelle sociologie politique des sciences, qui combine une entrée politique avec des entrées par les organisations, les mouvements sociaux, et les sciences et techniques.

Aux limites de la gouvernance

L’entrée par les risques permet d’introduire une réflexion originale sur les limites de la gouvernance. Ces limites – au double sens de frontière et d’incapacité – peuvent être saisies sous trois angles :
1) Comment les pouvoirs publics rendent compte des limites de leur action, que ce soit pour justifier ce qu’ils ne peuvent pas faire ou pour expliquer leur échec ?
2) Le développement et la diffusion de méthodes, dispositifs ou protocoles génériques de gestion de crise ou d’urgence, dont l’enjeu est d’éviter que ne soit porté atteinte à l’ordre public, aux activités économiques ou aux structures sociales.
3) Le gouvernement de l’informel (réseaux, pratiques invisibles ou arrangements illégaux) qui échappe à toute forme de mesure, se déploie aux marges des dispositifs formels, ou n’offre pas de prise à l’État.
Ces trois angles posent tous la question des frontières, c’est-à-dire la question de ce qui distingue différents objets, milieux, champs, etc., et de ce qui échappe à toute forme de mesure, formalisation, instrumentation ou action publique.

Les mobilisations de victimes, entre recours au droit et recours à la science

Les conflits sociaux liés aux risques sanitaires et environnementaux sont des objets propices à une réflexion sur les mutations contemporaines des mobilisations de victimes. Celles-ci font aujourd’hui l’objet d’une réflexion florissante en sciences sociales. Les travaux conduits au CSO se caractérisent par la volonté de faire discuter deux traditions de recherche qui s’ignorent mutuellement. La première décrit comment le recours à la science constitue une ressource pour les mobilisations de victimes de risques sanitaires et environnementaux. La seconde porte davantage le regard sur le rôle des usages protestataires du droit dans les mobilisations de victimes. Les recherches à venir s’intéresseront, à partir du cas des agriculteurs exposés aux pesticides, à la manière dont le recours au droit oriente et contraint le travail d’agrégation et de production de données par les collectifs de victimes qui cherchent à rendre visible l’étiologie environnementale des pathologies dont elles sont atteintes.


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